Image de l'expulsion de l'Asilo

Le 7 février dernier, le centre social anarchiste l’Asilo a été expulsé à Turin. Les chefs d’inculpation qui pèsent sur les 6 camarades interpellé.e.s dans le cadre de cette intervention policière armée sont ceux d’organisation subversive et d’association de malfaiteurs, pour des actions commises en 2016 contre les centres de rétention administrative et en soutien aux luttes des migrant.e.s.

Ces trois récits, traduits de l’italien, témoignent des moyens de militarisation massive mis en oeuvre par les autorités afin d’effectuer l’expulsion de ce lieu occupé depuis 25 ans, qui était devenu un point de repère pour celles et ceux qui s’organisent face à la coalition fasciste au pouvoir en Italie depuis l’année dernière, en élaborant de nouvelles formes d’auto-organisation et de lutte métropolitaine.

Occupation militaire – 15/02/2019

Une occupation militaire.1

Voilà comment qualifier le dispositif mis en place par les autorités de la ville de Turin pour l’expulsion du centre social l’Asilo. Depuis plus d’une semaine le rues du quartier Aurora sont fermées par des blindés de la police, ceux du G8 de Gênes en 20012, en plus des canons à eau et des cordons de CRS chargés de vérifier l’identité des passants. Ceux qui ont la malchance d’habiter dans le coin sont donc contraints de passer par ces accès contrôlés et de présenter leur carte d’identité, à chaque fois qu’ils sortent de chez eux ou qu’ils y rentrent : pour aller bosser, pour ramener leurs gosses de l’école, faire leurs courses, sortir leur chien, bref pour toute les activités qui caractérisent la vie quotidienne.

Il n’y a guère de raisons de s’étonner que de nombreux habitants aient décidé ces derniers jours d’aller dormir ailleurs, chez leurs proches, pour éviter le stress et l’inquiétude qu’impliquent ces contrôles perpétuels. Quant à ceux qui ne disposent pas de justificatifs de domicile et souhaitent simplement visiter des ami.e.s vivant dans les rues en état de siège,  les vérifications sont encore plus minutieuses. Les voilà obligés de se faire escorter par les CRS jusqu’à l’immeuble qu’ils cherchent à rallier. Tout vêtement ou aspect physique suspect entraîne des fouilles systématiques.

À tout cela s’ajoutent les bruits émis par le chantier installé sur la place de l’Asilo, 24h/24, pour rendre l’immeuble totalement inaccessible. Les boutiques à l’intérieur de la zone rouge sont bien vides depuis la semaine dernière.

Occupation policière et blocage des routes à Turin.

Il s’agit d’une image claire de la normalité que Chiara Appendino, maire de la ville, a déclaré vouloir rétablir dans le quartier après l’expulsion du 12, via Alessandria. D’ailleurs, l’Italie offre de nombreux exemple similaires de gestion de l’urgence, sur le modèle de ce qui s’est passé à l’Aquila3 après les tremblements de terre ou d’autres « catastrophes naturelles » (qui n’ont d’ailleurs rien de naturel) ou encore la gestion des fêtes citadines piazza San Carlo4.

Ce modèle militaire montre bien mieux que toute analyse sociologique le futur que ce gouvernement nous réserve.

C’est contre cette normalité que les camarades se sont battu.e.s et mobilisé.e.s dans les derniers jours, au cours desquels l’expulsion de l’Asilo et les arrestations massives ont fait exploser une situation bouillonnante depuis des années.

La manif du 9 février : un cortège jeune, nombreux et déterminé

La journée était attendue et son issue flottait dans l’air5. La réponse nocturne au siège de l’Asilo jeudi 7 février a montré que l’expulsion d’un espace occupé ne peut pas s’accomplir en toute tranquillité, sans avoir à payer un prix lourd et subir une riposte déterminée. Les centaines de personnes qui ont tenté de rejoindre l’Asilo expulsé l’autre soir sont devenues des milliers ce samedi.  Alors que le préfet Messina s’obstine à qualifier d’« anachroniques » toute expérience politique et sociale qui fait bouger la ville, nous avons vu aujourd’hui une présence massive de jeunes dans la rue pour défendre Turin.

Banderole en tête de la manif

Le cortège s’était donné rendez-vous piazza Castello, en plein centre-ville, pour remonter la via Po et rejoindre Porta Palazzo par le corso San Maurizio. En traversant le marché, la manifestation s’est déplacée le long de la Dora pour tenter ensuite d’entrer dans le quartier Aurora, au centre des intérêts spéculatifs qui ont entraîné l’expulsion d’un lieu occupé depuis 25 ans. Sur le pont, les flics ont chargé à grand renfort de lacrymos qui ont atteint jusqu’aux balcons des immeubles environnants. Le cortège est ensuite retourné en direction de Porta Palazzo, subissant plusieurs charges, ralenties par les barricades, pour se conclure autour de Vanchiglia.

On compte 4 blessés du côté des camarades et 12 personnes ont été placées en garde à vue.

Les journaux du régime sont déjà en train de pleurnicher sur les dommages causés, les politiciens de la ville condamnent les faits, en soulignant tel ou tel épisode, mais tout cela ne change en rien la portée de la journée. La tentative de clore l’expérience des espaces occupés à Turin sera beaucoup plus difficile que ce que laissent entrevoir les tweets de la maire Appendino et du ministre Salvini.

Solidarité avec les interpellé.e.s et les blessé.e.s !

Image de la manif

Appel à la mobilisation contre la Ligue et le gouvernement le 20 février

La fête est finie, et c’est nous qui le disons !6

Les morts en mer, les raids, les expulsions, les attaques incessantes menées contres les luttes, la chasse aux pauvres, le permis de tuer pour la police.

Tout cela, ce sont des faits, dans la lignée des politiques menées par les gouvernements précédents.

Les tasers, les bracelets électroniques, les interdictions de stades de plus en plus dures, l’augmentation des déportations, les peines de plus en plus sévères pour celles et ceux qui bloquent les routes et occupent des immeubles, les menaces encore plus fortes envers les étrangers. Voilà quelques-unes des mesures annoncées de l’intolérable décret Salvini.

Et puis il y a les mots. “Qu’il pourrisse en taule” en parlant de Cesare Battisti. “Les policiers ne sont pas là pour ramener du café et des brioches” après un meurtre policier à Empoli7.

Et puis il y a le conseiller communal de la Ligue turinoise, qui a exprimé son souhait d’”un peu d’école Diaz”8pour celles et ceux qui ont protesté dans la rue suite à l’expulsion de l’Asilo et dont certains ont été interpellés. “Un peu d’école Diaz”, signifie littéralement, “un peu de tortures, de têtes cassées, de sang sur les murs, de terreur.”

On en est arrivé là. S’habituer à ce genre de mots, c’est accepter les faits qu’ils évoquent.

ADESSO BASTA !

Affiche pour la mobilisation contre le gouvernement

  1. https://www.autistici.org/macerie/?p=33369#more-33369
  2. Lors des manifestations contre le G8 de Gênes en juillet 2001, ces blindés ont été lancés à toute vitesse contre la foule dans les rues de la ville et un camarade, Carlo Giuliani, a été tué par un agent des carabinieri (gendarme). L’expulsion du lycée Diaz, occupé pour abriter les activistes des forums annexes, a entraîné l’interpellation de 93 personnes, dont beaucoup ont subi des tortures dans la caserne de Bolzaneto. Tous les cadres préfectoraux impliqués dans l’affaire sont montés dans la hiérarchie de la police, dont le chef est aujourd’hui Matteo Salvini.
  3. Dans l’Abruzzo, la ville a été rasée par un fort tremblement de terre en 2009. Malgré des travaux de reconstruction bloqués et truffés de fraudes et autres scandales liés au gouvernement Berlusconi, une large “zone rouge” a été imposée dans le centre-ville et perdure encore aujourd’hui.
  4. Le 3 juin 2017, lors de la finale de Champions League Juventus-Real Madrid, un mouvement de panique massif a causé le piétinement et la mort de deux femmes. Plus de 1500 personnes ont été blessées.
  5. https://www.infoaut.org/metropoli/torino-9-febbraio-un-corteo-giovane-numeroso-e-determinato
  6. https://www.autistici.org/macerie/?p=33382
  7. Arafet Arfaoui, 31 ans, a été tué par la police le 17 janvier dernier à Empoli, près de Florence.
  8. cf. note 1.

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