« Mort au fascisme ! Liberté pour le peuple ! »

Une photo prise en 1942 dans la ville serbe de Valjevo montre le partisan yougoslave d’origine croate Stjepan Filipović sous la potence nazie. Quelques secondes avant d’être pendu par les agresseurs et leurs collaborateurs, le condamné à mort lève les mains en l’air, serre les poings et lance, avec un air de défi : Mort au fascisme ! Liberté pour le peuple !
Ce moment résonnera pour l’éternité.

Filipović crie vigoureusement : « Vive les libérateurs du peuple ! À bas les fascistes et leurs collaborateurs ! Vive le communisme ! ». Un noeud coulant autour de la tête, les bras levés, il dédie ses derniers mots à la foule environnante, rassemblée de force : « Qu’attendez-vous ? Pourquoi autorisez-vous cela ? Prenez ces fusils rouillés et débarrassez votre pays de cette vermine ! Vive notre armée libératrice et ses alliés ! ». Un soldat allemand frappe Filipović avec la crosse de son fusil pour le faire taire. Filipović tente de lui donner un coup de pied, il perd l’équilibre, le tabouret sur lequel il se tenait tombe et la corde s’est resserre encore plus fermement sous son poids.

Stjepan Filipović est né à Opuzen (Empire austro-hongrois, actuelle Croatie) en 1916, troisième d’une famille de cinq enfants. Il travaille comme forgeron dans la ville de Kragujevac. En 1937 Filipović rejoint le mouvement ouvrier local, il est arrêté et condamné à un an de prison. En 1940, il rejoint le Parti communiste de Yougoslavie. En 1941 Filipović se trouve à Valjevo lors de l’invasion du Royaume de Yougoslavie par les nazis et les forces de l’Axe. Au début du mois de juillet 1941, il rallie les Partisans et devient peu après commandant d’une unité de combat, l’unité Tamnavsko-Kolubarski. Le 24 décembre, des tchetniks (royalistes serbes) le capturent et le remettent au quartier général de la Gestapo à Belgrade.

Il est saisissant de constater que ce même 22 mai 1942 – sorte de croisement du destin – un autre partisan yougoslave de premier plan, d’origine serbe quant à lui, Rade Končar, est également exécuté, à Šibenik en Dalmatie, par les Oustachis (fascistes croates ayant été mis au pouvoir par les forces de l’Axe sur un territoire englobant une grande partie des actuelles Croatie et Bosnie-Herzégovine, où ils ont mené une politique génocidaire envers les populations serbes, tziganes et juives). Rade Končar, proche de Tito, était membre du comité central du Parti communiste de Yougoslavie. Comme Filipović il recevra le titre posthume de Héros national de la Yougoslavie.

Stjepan Filipović est devenu le symbole yougoslave de l’antifascisme et de la lutte pour la liberté. Deux monuments ont été érigés en son honneur, le premier à Valjevo même et le second en Croatie, dans sa ville natale d’Opuzen. Son acte héroïque s’est mué en souvenir d’une lutte commune, aussi bien serbe que croate, contre le nazisme et le fascisme. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Yougoslavie avait organisé le plus grand mouvement de résistance dans l’Europe occupée.

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