« À chaque fois que je sautais un comptoir de banque j’avais un air de rock’n’roll dans la tête »

Aurélien Dubuisson a publié l’année dernière aux Éditions Libertalia le livre Action directe, les premières années. Genèse d’un groupe armé (1977-1982). Nous reproduisons ici l’un des entretiens qui figurent dans la deuxième partie du livre. C. G. raconte son parcours politique, des premières émeutes dans le quartier latin à sa brève expérience au sein d’Action directe en passant par un séjour en Amérique du Nord et sa fréquentation de l’autonomie parisienne. Il nous a semblé intéressant de republier ce document, qui témoigne de la singularité du parcours de C. G. et démontre l’hétérogénéité politique qui existait au sein d’Action directe à ses débuts, reflet de trajectoires militantes diverses. C. G. a représenté la tendance “mouvementiste” (majoritaire au moment de la scission de 1982, opposée à la tendance dite “anti-impérialiste”), caractérisée par son refus de la clandestinité et sa volonté de conserver une connexion forte avec le mouvement social. En écho à l’entretien que nous avions mené avec Jean-Marc Rouillan, nous pensons que celui-ci permet d’enrichir la perception d’une séquence encore trop méconnue de la politique révolutionnaire dans notre pays.

[Certains noms cités au cours de l’entretien ont été caviardés]

Tu avais 17 ans en 68 et tu as commencé à militer à cette période ?

– Non, un peu avant.

Tu pourrais revenir là-dessus ?

– Alors ma première manif, j’avais 14 ans, c’était contre la bombe atomique.

À Paris ?

– Non c’était à Rouen. À l’époque j’étais au Havre parce que mon père avait été muté là-bas. Donc j’étais parti en stop à Rouen pour faire la manif. Et voilà. Après j’ai lu et mes positions se sont radicalisées.

Et arrive 68. Tu as 17 ans et tu tombes dans le chaudron.

– Exactement.

Pendant le mouvement tu es à Paris ?

– Mon frangin est à Paris, il est étudiant à Sciences Po, moi je suis encore au lycée, en terminale. Je reste à Paris peu de temps parce que mon père me dit de rentrer. Comme à l’époque la majorité était à 21 ans, j’obéis et je rentre. J’ai quand même le temps de participer à quelques petites échauffourées dans le Quartier latin et à quelques réunions. En rentrant au Havre je continue, de lycée en lycée. Mais ce n’était pas vraiment de la politique, je ne sais pas comment te dire.

De l’agitation ?

– Oui de l’agitation, et en plus, Le Havre, c’est une ville ouvrière, il ne faut pas l’oublier. Il y avait la raffinerie, Renault, les dockers. Tout était tenu par les syndicats et c’est la première fois qu’en manif je me suis fait taper par des syndicalistes qui m’ont traité d’anarchiste.

La CGT ?

– Oui la CGT. Le service d’ordre des dockers, impressionnant ! (rires)

En 68 tu t’es rapproché de la Gauche prolétarienne. Davantage pour la pratique que pour des questions politiques. L’idéologie maoïste ce n’était pas trop ton truc ?

– Oui. De toute façon, à l’époque, je n’étais proche d’aucune idéologie. Je me prétendais nihiliste quand j’étais adolescent. J’avais lu Le Catéchisme du révolutionnaire de Netchaïev et ça m’avait influencé. Je t’avouerai que maintenant je me prétends toujours nihiliste dans le sens russe du terme. Bref, je faisais des choses avec la GP, des actions, essentiellement des manifestations. Je me rappelle que des potes allaient distribuer des tracts devant Boulogne-Billancourt à six heures du matin, moi ce n’était pas mon truc de me lever à cette heure. Je préférais les manifs. Je n’ai jamais été militant en fait, je ne me suis jamais considéré comme militant.

Pour toi la politique c’était avant tout la pratique.

– Oui la pratique. J’avais déjà beaucoup lu à l’époque et j’avais fait le tri. J’avais essayé de lire des livres théoriques comme L’État et la révolution de Lénine, ça m’est tombé des mains. Le seul livre dans le genre qui m’ait plu, c’est Le Manifeste de Marx. Je pense qu’on devrait l’enseigner dans toutes les écoles communales (rires). Mais voilà c’est tout. Les romans m’ont appris beaucoup plus de choses que tous les ouvrages théoriques que j’ai pu lire. J’ai beaucoup plus appris dans Les Misérables par exemple de Victor Hugo que dans L’État et la révolution.

Donc de 1968 à 1973, date à laquelle la GP se dissout, tu agis avec elle. Tu ne participes pas spécialement aux débats politiques mais tu es vraiment dans l’action.

– Effectivement, aucune participation aux discussions politiques.

– Tu fais partie des groupes qui vont agir, comme en 1973 lors de la manifestation contre Ordre nouveau ?

– En 1973, je ne suis déjà plus en France. Je quitte la France en 1972. Le seul grand truc auquel j’ai participé c’est en 1971, une manif contre Ordre nouveau il me semble. C’était une grande manifestation un peu sur le modèle de celle de 1973. On en parle moins, mais en gros il s’est passé à peu près la même chose.

« À chaque fois que je sautais un comptoir de banque j’avais un air de rock’n’roll dans la tête »
Manif contre le meeting d’Ordre Nouveau au Palais des Sports, mars 1971

Donc tu participes à cette agitation jusqu’en 1972, et ensuite tu pars où ?

– En Amérique du Nord, j’y passe cinq ans. Très peu de temps aux États-Unis, beaucoup plus au Canada. Et là-bas j’ai rencontré des gens et j’ai un peu bougé. J’ai essayé de monter un syndicat dans une usine.

Parce que tu travaillais au Canada ?

– À Montréal je bossais dans une usine. Avec un camarade on a essayé de monter un syndicat parce que là-bas les syndicats sont essentiellement patronaux. On a commencé par distribuer un tract, et le lendemain on a été viré (rires). J’ai vu des piquets de grève se faire tirer dessus à coups de fusil à pompe. C’était très compliqué de faire quelque chose. C’est à cette période que j’ai assisté à un meeting avec des déserteurs américains et des représentants du Front de libération vietnamien. C’était très émouvant. C’est la dernière fois que j’ai chanté L’Internationale. Bref, j’ai un peu bougé là-bas, jusqu’au jour où j’ai ouvert le journal et vu le cadavre d’Holger Meins. Ça, je m’en souviendrai toujours. C’est à ce moment que je me suis dit que c’était trop et que j’ai décidé, avec mon amie de l’époque, la mère de mon fils, de rentrer en France. On est rentré et je me suis mis en contact avec le milieu.

D’accord.

– Tu vois cette photo du cadavre d’Holger Meins ? Je ne sais pas si tu la connais, mais ça m’a profondément marqué. C’était insoutenable. On aurait dit qu’il sortait d’un camp de concentration. Il faut se dire que la bande à Baader, même pour ma génération, c’étaient des grands frères. Ils étaient plus âgés que moi. Je me rappelle quand je travaillais au tri postal, en 1968 ou 1969, il y avait leur photo partout. Et pour moi ils étaient exemplaires, donc la photo d’Holger Meins fut un véritable choc.

« À chaque fois que je sautais un comptoir de banque j’avais un air de rock’n’roll dans la tête »

Et au Canada tu rencontres un militant des Weathermen ?

– Oui.

– Il a une influence sur ta trajectoire ?

– Il n’a pas vraiment d’influence puisque je connaissais déjà les Weathermen1. Je les aimais beaucoup par ailleurs, même s’ils sont critiquables. Tu peux critiquer par exemple leur façon de plonger dans la clandestinité alors que rien ne les y obligeait. Enfin bref, toujours est-il que ce sont des gens qui se sont levés et qui se sont battus. À partir de là je respecte. Donc j’avais rencontré ce type. Ensuite c’est toujours pareil, le type te dit qu’il est militant, mais tu ne peux pas toujours vérifier. Ceci dit c’est un moment où je lis beaucoup de brochures. Notamment des Weathermen et des Black Panthers, mais aussi des Young Lords2, qui étaient portoricains. Leur organisation était issue d’un gang qui s’était politisé.

Oui, d’ailleurs un livre publié par L’Échappée revient là-dessus. L’auteur parle des Weathermen et évoque aussi des Young lords.

– Oui il n’est pas mal, même s’il y a quand même des choses à redire, ça fait un peu trop thèse universitaire. Mais sinon pour ceux qui ne connaissent pas il est vraiment très bien c’est vrai. Mais ça manque de musique par exemple3.

Alors justement c’est un moment où la musique t’influence ?

– Oui. Même avant cette période, la musique a toujours été centrale pour moi. C’était vraiment quelque chose d’essentiel. Dans les années 1960, je suis allé en Angleterre et j’ai vu pas mal de groupes sur scène, comme Animals. D’autres groupes aussi qui ont complètement disparu maintenant. Certains n’ont même pas fait de disques, sont tombés dans l’oubli, mais étaient très bons. Beaucoup d’appelés et peu d’élus. J’ai vu les Rolling Stones à Paris en 1966. C’était autre chose que maintenant. La musique a vraiment été importante. À chaque fois que je sautais un comptoir de banque j’avais un air de rock’n’roll dans la tête. Je dis souvent que j’ai fait ce que j’ai fait parce que je n’ai pas pu faire carrière dans le rock’n’roll. Non je plaisante. J’ai essayé de jouer de la guitare mais je n’étais pas doué.

Du coup en 1977 tu rentres en France.

– Oui effectivement, avec la détermination de faire quelque chose.

Et le tournant c’est la mort d’Holger Meins.

– C’est la goutte d’eau. Je m’en souviens encore. J’ai ouvert le journal, je suis tombé dessus et j’ai eu une espèce de dégoût. À partir de là je me suis dit  que si je voulais faire quelque chose il n’y avait qu’en France. Parce que c’est mon pays d’origine et culturellement c’était plus simple.

Et tu savais ce qu’il se passait en France à ce moment ?

– Oui je me tenais au courant. Je savais par exemple ce que faisaient les Gari. Il y a une anecdote assez marrante d’ailleurs. Je suis un fana du Tour de France, et la première fois que j’ai rencontré XXX et que j’ai appris qu’il était des Gari, je lui ai dit qu’ils avaient déconné de foutre une bombe sur le Tour. Bref, j’étais au courant, je savais aussi ce qui se passait en Italie. Je n’étais pas complètement déconnecté. Vu que je fréquentais des gens du milieu en Amérique, j’avais accès à beaucoup d’informations.

Et quand tu reviens en 1977 il y a un grand mouvement en France, en Italie, en Allemagne, un peu partout. Tu arrives à Paris et comment ça se passe ? Tu reprends contact avec des gens que tu connaissais déjà auparavant ?

– Non, même pas. Je vais à une assemblée du mouvement autonome à Jussieu. C’est là que je me branche avec des gens et que je reprends mes activités politiques en France.

Donc ce sont des assemblées très larges ?

– Oui.

On m’a déjà dit que c’étaient des assemblées où on retrouvait des pontes de l’autonomie comme Negri.

– Oui effectivement, il y avait des gens comme ça. Je crois que je ne l’ai jamais vu Negri, mais j’en ai vu d’autres, comme Scalzone il me semble. Mais pour moi c’étaient des petits chefs, ce n’était pas autre chose. Ils ne m’influençaient pas vraiment. L’autonomie parisienne était un milieu assez spécial. Hétérogène mais clos en même temps. Il y avait le fameux groupe Camarades, que nous appelions «mascarade». C’étaient vraiment les petits chefs de l’autonomie qui voulaient régenter le mouvement, en faire une  espèce d’organisation. C’est là que se retrouvaient des espèces de crétins comme Moulier, un grand disciple de Negri, de Scalzone, etc. Moi je n’ai rien contre la théorie, au contraire. Parce que la théorie ce n’est pas de l’idéologie. Mais souvent la théorie débouche sur de l’idéologie et c’est là que ça devient gênant. Moi ce qui m’intéressait c’était de rencontrer des gens dans la même optique que moi. C’est-à-dire des gens qui en avaient marre de ce monde. J’étais un peu plus âgé que ceux que j’ai rencontrés à l’époque. J’avais 25, 27 ans et eux avaient plutôt 20 ans. Pour la plupart, ils n’avaient pas connu 68. D’autres étaient de ma génération, notamment des anciens de la GP. Il y en avait beaucoup dans le mouvement autonome.

Des gens qui n’avaient pas accepté l’idée de la dissolution.

– Exactement.

C’est à Jussieu en 1977 que tu rencontres les personnes qui formeront Action directe ?

– Certains, mais pas tous. C’est là que je rencontre notamment la personne qui me fera «entrer» dans Action directe, XXX. Je le rencontre en 1978 je  crois, dans une manif. Je vois un type sortir du métro, prendre dans son blouson de cuir une barre de fer et se mettre à casser la vitrine d’une agence d’intérim. Je vais lui donner un coup de main et après on passe une nuit blanche à discuter ensemble. C’est comme ça qu’il m’introduira plus tard dans Action directe. Moi à ce moment-là je fais des trucs dans mon coin. Des braquages notamment, des trucs comme ça avec des potes, mais tout était vraiment artisanal. On faisait ça en mobylette. Et c’est lui qui m’a proposé de les rejoindre en disant qu’ils étaient organisés.

C’est encore la période de la coordination.

– Voilà. Fin 1979, début 1980. Jean-Marc et compagnie sont en taule. Donc je ne les croise pas quand je rentre.

Tu entres dans Action directe alors que le groupe est déjà constitué.

– Oui, je suis vraiment une pièce rapportée. Je suis issu du mouvement autonome comme XXX. Il me présente le truc comme quelque chose de  sérieux, de professionnel, mais je ne sais pas que c’est Action directe. C’est après le premier braquo qu’il me dit que je fais partie d’Action directe.

– Au moment où on te parle de ce groupe, tu ne sais même pas que c’est Action directe ?

– Non je ne sais même pas. Comme je te dis, on a des parcours vraiment différents. Et pour XXX c’est pareil.

Tu fais donc un premier braquage avec eux en 1980 ?

– Oui, je ne me souviens plus de la date exacte. Il faudrait demander à d’autres. Au niveau des dates je ne suis pas vraiment au point. Je me souviens du premier et du dernier, mais entre les deux, non. Ça se passe comme ça, par l’intermédiaire de XXX qui était vraiment un ami.

Mais entre 1977 et 1980, il y a des choses qui se passent quand même ?

– Oui, moi je fais des manifs, notamment les manifs autonomes. J’organise le casse de la rue Saint-Lazare, de la rue La Fayette aussi. Plein de manifs, des autoréductions, tout un tas de choses en lien avec l’autonomie. À cette période, les assemblées générales étaient marrantes, elles se terminaient souvent en baston. Tu avais la bande à mascarade qui voulait toujours prendre la parole pour dire ce qu’il fallait faire. C’était ce que l’on appelait l’autonomie politique. Alors que moi l’autonomie politique ça ne m’intéressait pas. À l’époque je faisais partie d’un groupe qui s’appelait les Citrons mécaniques.

C’était un groupe autonome ?

– Oui. On avait fait quelques tracts, notamment pour l’enterrement de Pierre Goldman, où on avait cassé. J’avais rédigé un tract qui s’intitulait « Mort de Goldman, enterrement du gauchisme ».

Tu as encore des exemplaires des tracts de l’époque ?

– Non, je ne garde rien.

1977, 1979, 1980 c’est une période de forte agitation. Action directe commence à frapper.

– Oui c’est à peu près ça. Il faut bien préciser qu’il y a plein de petits groupes qui se constituent dans l’autonomie et qui font des braquages, de l’agitation, des reprises individuelles. Je me souviens d’une fois où on pillait un supermarché, on avait pris le micro pour annoncer que c’était gratuit pendant un quart d’heure. On n’était pas les seuls à faire ce genre de trucs. Plein de groupes bougeaient et la période était très agitée.

Et en 1980 tu entres dans Action directe.

– Oui, sans le savoir.

Et tu tombes au moment de l’amnistie ?

– Non je participe aux manifestations pour obtenir leur libération.

Tu participes au groupe « Nous » qui commet des opérations d’agit-prop ?

– Non. Je n’y participe pas. Moi j’étais cantonné aux braquages.

Tu faisais partie du groupe chargé de récupérer de l’argent pour que l’organisation puisse repartir au moment de la libération des autres militants ?

– Exactement. On devait récupérer argent et armes.

– Et concrètement ça se passait comment ? C’étaient des échanges avec d’autres groupes ?

– Ça dépendait. Je sais que pour l’anniversaire de XXX je lui avais offert une kalachnikov. Et je l’avais achetée 7000 francs à un mec de Camarades. Il m’avait dit que ça provenait d’un groupe palestinien. J’avais mis un ruban rouge autour du canon. Il était très content et l’avait dans tous les braquos, mais on n’a jamais pu s’en servir, il était déçu. Des armes ont été récupérées en Belgique aussi, mais je ne me suis pas occupé de ça. Moi je participais au vol de bagnoles. J’avais une très bonne arme, un Herstal, un GP 14, 9 mm.

Des groupes partent à ce moment-là en Belgique pour récupérer des armes ?

– Je n’arriverais pas à te dire exactement, parce que je n’y ai pas participé. Je sais qu’une fois avec XXX on a récupéré une arme sur un flic en civil. Ça se faisait aussi à l’époque. Mais je pense qu’il y avait déjà un stock assez conséquent lorsque je les ai rejoints.

C’est à cette même période que tu fais des séjours en Belgique et en Italie ?

– C’était un peu avant. Je suis allé en Italie avant de rejoindre Action directe.

Et tu faisais des choses avec des groupes là-bas ?

– Je bougeais avec des copains. J’y suis allé une fois avec un pote et une copine. À Rome, j’ai rencontré des groupes un peu marxistes-léninistes. Après je suis allé à Vérone. Là j’ai rencontré des mecs qui avaient été à Autonomia Operaia et qui étaient à Prima Linea. En 1978, c’est la dernière fois que je suis allé en Italie. L’exécution de Moro a changé pas mal de choses là-bas. Je n’ai retrouvé personne, enfin si, une copine italienne qui a fait semblant de ne pas me voir.

Ces contacts-là ne t’ont pas servi pour Action directe ?

– Non absolument pas.

Et pour la Belgique ?

– La Belgique j’y suis allé. J’ai été missionné par un copain de l’organisation et je pense que c’était par XXX. C’était en 1981.

Après l’amnistie.

– Oui, je suis plus ou moins missionné pour aller là-bas.

Tu pars pour faire du repérage ?

– Je ne vais pas en parler, ça ne sert à rien et en plus je n’étais pas d’accord avec ce truc. On a eu de grandes discussions. Ça parlait déjà d’entrer dans la clandestinité à l’époque.

Entre 1981 et 1982 vous n’êtes pas clandestins ?

– Non. Moi je ne voulais pas. C’était la grande discussion. Moi je voulais continuer à aller en manif. Déjà parce que j’adorais ça. Je voulais continuer à aller dans les concerts, à voir des potes. C’étaient de grandes discussions et c’est l’une des causes de la rupture.

Des discussions s’ouvrent au moment où tout le monde sort de prison, entre ceux qui étaient derrière les barreaux et ceux qui sont entrés dans le groupe durant cette période. Toi par exemple tu ne connaissais pas les gens qui étaient en prison ?

– Non je ne les connaissais pas.

– Et tu penses que l’intégration de nouveaux militants a joué sur les ruptures d’après ?

– Certainement. Moi je sais que j’avais fait entrer mon pote XXX et il n’était absolument pas d’accord avec la ligne de XXX. Il était issu de l’autonomie et beaucoup plus jeune, donc il n’avait pas forcément la même approche des choses. Mais oui ça a certainement eu une influence.

C’est à la même période que vous faites des choses avec les Turcs ?

– Eux, pas moi (rires).

Toi tu n’es pas dans cette histoire ?

– Si. On braque des banques pour financer. Au départ, je ne sais pas pourquoi on braque, mais après on m’explique que c’est pour financer les Turcs qui bossent à l’atelier4. Je ne suis absolument pas d’accord.

– Tu faisais partie des gens qui braquaient pour financer ces ateliers ?

– Oui et pour financer la radio aussi. Tu as entendu parler de ça.

Oui en gros l’idée était d’acheter un émetteur radio pour monter une radio qui devait s’appeler Radio guérilla.

– Oui et il a été acheté. Finalement il s’est retrouvé dans une petite bande d’Aubervilliers.

On vous avait proposé de reprendre une radio c’est bien ça ?

– Oui, et nous on allait braquer pour financer. Quand j’ai appris qu’on finançait le travail des Turcs, là je n’étais plus d’accord. Je me souviens de la discussion, je disais qu’on était contre le travail et qu’on n’avait pas à financer un atelier et des salaires.

Le désaccord portait sur la question du travail ?

– Pour moi, oui. Je parle en mon nom. Et puis les Turcs étaient marxistes-léninistes et ça me posait problème.

Mais ils étaient réfugiés politiques tout de même.

– Oui quand même (rires).

Le premier point de rupture vient de là ?

– Entre autres. Il y a aussi le fait que lorsque XXX est sorti il a voulu faire une espèce de mainmise sur le mouvement autonome.

Plus précisément ?

– Il voulait rassembler le mouvement autonome. Il a essayé de faire ce qu’avait voulu faire Camarades. Ça a donné lieu à cette fameuse guerre des squats à Paris, je ne sais pas si tu en as entendu parler.

Il a voulu coordonner.

– Non pas seulement, coordonner mais surtout chapeauter.

– Il y avait cette tendance et une autre qui ne voulait pas ?

– Moi je ne voulais pas. Je voulais bien que l’on se coordonne sur des actions précises mais je ne voulais pas être dans une organisation. Comme je te l’ai dit, moi je suis une pièce rapportée. Au début, je ne savais même pas que j’étais dans le groupe, c’est XXX qui me l’a appris. Je trouvais que ce qu’avait fait Action directe, comme le mitraillage du ministère du Travail, était un peu ridicule. Je trouvais que ça ne servait à rien, en tout cas pas à grand-chose. Mais d’un autre côté, je me disais pourquoi pas, qu’on était un groupe parmi d’autres dans un mouvement social qui se voulait révolutionnaire. À l’époque, il y avait un mouvement social fort et la grosse manifestation des sidérurgistes de Longwy à Paris en est la parfaite illustration. C’est la dernière belle manif que j’ai faite. On avait passé toute la nuit avec un pote à faire des cocktails. On dormait dans une chambre de bonne, il y en avait partout autour de nous, et tu sais où on les a tous mis ? Dans le coffre de la bagnole de la CFDT de Longwy. Ils étaient venus pour ça. Dès que la manif est partie j’ai balancé le premier ras-le-bol. De République à Opéra ça n’a pas arrêté. J’ai vu des prolos qui pleuraient en chargeant les flics. C’est quelque chose dont je me souviendrai toujours. C’était vraiment impressionnant, certains pleuraient de rage. Ils étaient venus pour ça parce que c’était fini et ils le savaient très bien.

« À chaque fois que je sautais un comptoir de banque j’avais un air de rock’n’roll dans la tête »
Manif du 23 mars 1979 à Paris

Certaines manifestations ont été de vrais points de bascule, comme celle-ci. À ce moment-là vous pensiez que les gens de Longwy, par exemple, auraient pu vous rejoindre ?

– Oui, je le pensais. Je suis allé à Longwy. On les a rencontrés avec quelques potes et on était en accord sur plein de choses. C’étaient les plus radicaux évidemment, et ça nous laissait imaginer que quelque chose était possible.

Pour le coup, le modèle italien vous a influencés ?

– Bien sûr. Pour une fois les prolos étaient avec nous. Parce que dans le mouvement autonome parisien il n’y avait pas des masses de prolos (rires). En revanche, il y avait beaucoup de précaires. On était les premiers à parler de la situation des précaires. Je me disais que si le mouvement social se radicalisait ils pouvaient nous rejoindre. Je ne me faisais guère d’illusions, mais ça aurait pu le faire.

Il y a un premier désaccord en 1982 avec l’histoire des braquages pour les Turcs, puis la scission du 1er août, où deux grandes tendances se dessinent. D’une part les « anti-impérialistes » et d’autre part les « mouvementistes».

– Voilà.

Qui sont quant à eux plutôt axés sur les luttes comme Longwy.

– Oui, c’est un bon exemple.

Toi tu fais plutôt partie de la tendance « mouvementiste » ?

– Oui, complètement.

En quoi, selon toi, l’autre tendance se trompait ? Tu pourrais revenir sur les débats entre les deux tendances ? Je sais que tous ceux que j’ai rencontrés avaient des points de vue différents à ce sujet.

– J’étais dans l’optique que l’on s’inscrive dans un mouvement plus large,  dans le mouvement social. Je pensais qu’il devait y avoir des groupes auto- nomes un peu partout. Aucune organisation réelle, si ce n’est l’organisation pratique qui est nécessaire à tout mouvement, à tout groupe révolutionnaire. Et l’anti-impérialisme, oui j’ai toujours été anti-impérialiste, j’ai toujours baigné dans l’anti-impérialisme des années 1960. C’était totalement logique de l’être, mais il fallait avant tout être anticapitaliste. C’est quelque chose qui se passe en bas de chez toi, dans ton pays, dans ton quartier, dans ta rue. Soutenir les luttes palestiniennes moi je veux bien. Et encore, on pourrait débattre de ça, parce que je suis contre Israël, mais pas forcément pour le mouvement palestinien. Bref, moi ça me paraissait déconnecté de ce qui se passait ici. J’étais pour faire des petits groupes partout sur le territoire et en contact avec toute l’Europe. On avait des contacts partout, donc il fallait les entretenir et maintenir la dimension informelle du projet. De toute manière tu as bien vu comment tout ça s’est terminé. D’abord ils plongent dans la clandestinité.

Pour la clandestinité ils ne l’ont pas vraiment voulu. On les a accusés d’avoir commis l’attentat de la rue des Rosiers. Ils ne pouvaient pas faire grand-chose d’autre.

– Oui je sais, j’ai failli me faire tuer à la Santé à cause de ça d’ailleurs. Enfin je pense qu’ils voulaient quand même repartir dans la clandestinité, malgré l’épisode de la rue des Rosiers. Tu as eu en main cette brochure Pour un projet communiste ?

Oui.

– Tu as réussi à la lire ?

Oui.

– Ah ouais ! (rires)

J’ai lu des trucs bien plus lourds. Notamment certaines brochures des Brigades rouges ou encore Front.

– Ça m’a rappelé des souvenirs des gauchistes d’après 68.

Mais il y a pire encore. Par exemple le communiqué de revendication du commando Pierre-Overney. Dans le genre, c’est pas mal non plus.

– Oui. Autre exemple avec une action à laquelle j’avais participé. Ils l’avaient revendiquée Unité combattante Marcel-Rayman. Tu vois qui c’est ? Le gars de l’Affiche rouge. Moi je trouvais ça honteux. Ce n’est pas possible de se revendiquer de Marcel Rayman, qu’est-ce qu’on est à côté de lui ? On n’est rien, on ne risque rien, c’est ce que je me tuais à leur dire. On ne risque pas la torture, on ne risque pas la peine de mort, on ne risque rien.

C’est le moment où tu quittes le groupe, n’est-ce pas ?

– Oui, j’étais de plus en plus en désaccord. Les gens commençaient à se prendre trop au sérieux. C’est cet esprit qui m’agaçait. Je l’avais déjà vérifié plus jeune, après 68, avec les gauchistes. S’imaginer l’avant-garde du prolétariat, c’est ridicule. Ce n’est pas possible. Je comprends très bien que l’on puisse être l’avant-garde à un moment donné, mais ça ne dure jamais longtemps. À un moment tu te retires, c’est un constat qui ne se pose pas que sur le plan politique. Sur le plan artistique c’est la même chose par exemple. Regarde Dada, c’était l’avant-garde à un moment, mais ça a bien fini par disparaître. Se mettre en avant et dire aux gens ce qu’il faut penser, ça m’insupporte. La brochure  Pour un projet communiste c’est une manière de dire : « C’est ça et pas autre chose. » La suite d’Action directe c’est exactement pareil : « Nous on a raison, vous avez tort. » C’est ne pas tenir compte du fait que le mouvement est hétérogène. Certains n’étaient pas forcément d’accord avec ce qu’ils disaient et ce qu’ils faisaient, mais ils se battaient par ailleurs contre le capitalisme.

Il y a eu des débats lors de cette scission ?

– Oui, mais je n’ai participé à aucun débat. Aucun.

Cette scission de 1982 tu la vois comment ? Vous n’étiez pas capables d’assumer la constitution d’un front des organisations à l’échelle européenne ? Ou alors la constitution de ce front suggérait une déconnexion du mouvement social ?

– Les deux. Déjà monter un front qui serait capable de s’attaquer à l’État, l’histoire l’a prouvé, ce n’est pas possible si tu n’es pas soutenu par un mouvement. Et paradoxalement, si tu montes quelque chose de ce genre, tu te coupes de la base. Je l’ai vérifié, je me suis coupé de potes de l’époque du fait de la vie que je menais. Quand tu fais des braquos et que t’as plein de fric, tu te coupes des gens normaux. Parce que même si tu donnes à la cause, tu en prends aussi pour toi, ne serait-ce que pour vivre. On n’est pas des misérabilistes, et vivre ça veut dire vivre correctement. Moi je ne voulais pas me couper de la base de l’époque. S’attaquer à l’État je n’ai rien contre, mais de façon directe c’était contre-productif.

Tu veux dire que s’il y avait un affrontement direct vous alliez perdre militairement ?

– Militairement, bien sûr. Ça s’est vérifié dans l’histoire de toute manière. L’affrontement direct c’est uniquement dans la rue, dans les manifs, que tu peux le pratiquer. À partir du moment où les gens descendent dans la rue et sont déterminés à se battre, là tu as un affrontement direct qui peut déboucher sur quelque chose. Un peu comme ce qui s’était passé en Italie5. À ce moment-là on pouvait être là comme soutien armé. Si ça arrivait à ce stade, ça pouvait être efficace.

Et votre tendance c’était dans ce sens qu’elle allait ?

– Oui, moi je le voyais comme ça. Je n’étais pas le seul à être mouvementiste. Mon pote XXX c’était pareil. XXX était entre les deux, mais je pense qu’il était plus proche de moi. Je ne sais pas comment le dire clairement mais je l’ai tellement vérifié en 68 et après. Se poser comme avant-garde, dire comment il faut faire, ne pas faire confiance aux gens, c’était n’importe quoi. En voyageant je me suis rendu compte que tous les gens aspiraient à une seule chose : vivre peinard, avoir un toit, avoir de quoi bouffer et une activité. Vivre dans un régime qui te permet d’avoir la justice et la fraternité. Voilà c’est tout, c’est la base. Tout le reste pour moi c’était du blabla. Donc quand je lis une brochure comme Pour un projet communiste, je trouve ça complètement illisible et ridicule. Mon pote XXX avait un gros complexe parce qu’il n’avait jamais rien lu et il disait d’un air un peu gêné qu’il ne comprenait pas. Je lui répondais que moi non plus. En fait ces brochures ça ne fait pas appel à la vie. Ça ne parle pas aux gens.

Mais l’idée de monter un front pouvait potentiellement lier toutes ces attentes, non ?

– Oui, sauf qu’il fallait envisager les choses à l’époque. Le système se développait. Mitterrand venait d’être élu en 1981 et ça n’arrangeait pas les choses. Le lendemain de l’élection j’avais rencard avec XXX pour préparer un braquage. Il m’a dit qu’on était dans la merde. Je lui ai répondu qu’il avait raison. Parce que lorsque les sociaux-démocrates arrivent au pouvoir, tu sais à quoi ils servent ? À faire le sale boulot. Comme ils l’ont fait en Allemagne après la Première Guerre mondiale avec les spartakistes. Qui a tué Liebknecht et Luxemburg ? Ce sont les sociaux-démocrates. Ils sont là pour ça. Mitterrand et toute sa bande étaient là pour foutre en l’air l’héritage de 68. Le libéralisme ça commence quand ? Les privatisations c’est à cette période que ça commence. On avait en face de nous quelque chose de vraiment dur à combattre. Dans le même temps, le mouvement social avait tendance à décliner du fait, entre autres, de la répression. Il y avait un reflux total.

Le message de Mitterrand portait ?

– Oui, évidemment. Vu que les sociaux-démocrates sont au pouvoir, que c’est la « gauche », les syndicats ne descendent plus dans la rue. À ce moment-là il fallait analyser correctement la situation. Il aurait fallu constituer un front armé ? Bah non. Tu ne peux pas prendre les armes à la place des gens, c’est à eux de prendre les armes. C’est ce que j’ai dit à XXX. Ce n’était pas à eux de buter Besse, mais aux ouvriers de Renault. D’ailleurs je pense que les ouvriers de Renault n’en avaient rien à carrer de Besse. Ils auraient préféré qu’on mette une balle dans le genou du petit chef qui les faisait chier sur la chaîne. Comme faisait Prima Linea par exemple. Là ils se sont trompés complètement d’objectif. Je n’ai pas compris.

Au moment où Besse se fait exécuter, vous êtes en prison ?

– Non je crois qu’on est déjà sortis. Je sors en 1985.

C’est étrange qu’ils vous fassent sortir à ce moment-là. Tu penses qu’ils étaient conscients que vous n’alliez pas essayer de renouer ? Parce que vous n’avez pas essayé, n’est-ce pas ?

– Non. Moi je n’ai pas essayé.

Durant la période où vous êtes en prison ou en exil, vous êtes en désaccord complet avec les autres ? C’est la rupture totale et les relations étaient très tendues.

– Rupture totale pas vraiment, parce qu’il y en a que j’aime beaucoup. Mais au niveau des choix politiques c’était la rupture. Lorsque je suis sorti, les conditions étaient très particulières. XXX était mort. XXX aussi. XXX, la copine de XXX, était très malade. Bref, c’était très dur, et après ils se sont rapidement fait serrer. Moi je pensais que l’on pouvait peut-être les arracher de taule. Mais bon ça demandait tellement de moyens, je ne savais pas si c’était réalisable.
Tu sais il faut aussi insister sur le fait que le mouvement autonome de l’époque n’était pas tout rose non plus. Il y avait pas mal de violence, très peu de femmes. Vraiment très peu de femmes. Et elles s’habillaient comme des mecs la plupart du temps. Blouson de cuir et tout. À mon avis c’était très dur pour elles de s’affirmer. Il y avait beaucoup de violence pour des raisons futiles. De la baston pour rien. Parce que tu n’es pas d’accord sur un sujet tu te bastonnes. Dans les concerts c’était la mode de dépouiller. Tu tombais sur un malheureux mec, tu le dépouillais. Dès que t’avais un mec tout seul, certains le dépouillaient. C’était un peu relou. D’autres n’étaient là que pour la baston. Pas la majorité évidemment. Je me souviens qu’ils me traitaient de pédé parce que j’avais une écharpe rose. Je te jure. Je mettais du khôl sous les yeux, j’avais une écharpe rose et des cheveux longs, ils me traitaient de pédé. Il ne faut pas oublier ces choses-là. Ce sont des anecdotes mais il faut les raconter. Il ne faut pas faire de toute cette période quelque chose de magnifique.

Entre 1982 et 1985 vous êtes en prison et à la sortie vous ne renouez pas avec l’autre groupe.

– Moi je n’avais pas envie de toute façon. J’avais envie d’autres choses. Et puis bon c’était dur de les contacter. Des gens m’ont approché, mais je ne les connaissais pas vraiment et je n’avais pas confiance en eux. Il ne faut pas oublier que lorsque tu entres dans un groupe comme ça, c’est qu’il y a une confiance réciproque. Je suis entré par XXX et j’avais fait pas mal de choses avec lui. J’avais confiance en lui et il avait confiance en moi. Quand je suis sorti c’était le chantier de Disneyland et je voulais le faire sauter. J’ai rencontré des mecs mais je n’avais pas confiance en eux. Je ne pouvais pas tolérer qu’Euro Disney s’implante ici. J’étais naïf (rires). Tous les footballeurs y vont avec leur famille maintenant (rires). En fait le passage à Action directe est vraiment court dans ma vie. C’est une espèce d’aboutissement.

Pour ce qui est de la scission, en termes de proportion vous êtes majoritaires ?

– Oui, je pense qu’on est majoritaire.

Et vous aviez quasiment tout le matériel ?

– Il paraît oui. Je ne m’en rendais pas compte à l’époque, c’est XXX qui me l’a dit. C’est vrai qu’on avait tout, mais je n’en avais pas conscience.

– Quand la police vous a arrêtés, ça leur a permis de démanteler à peu près tout.

– Oui, ils ont fait une sacrée razzia.

L’autre groupe a dû remonter des bases ?

– Pas repartir de zéro, mais quasiment. Mais ça, je ne m’en rendais pas compte à l’époque, parce qu’avant la scission déjà il y avait deux groupes distincts.

Vous avez tous des trajectoires très différentes. Les versions médiatiques qui réduisent le groupe à deux ou trois personnes sont totalement erronées.

– Oui c’est vrai. Moi par exemple quand XXX me fait entrer dans le groupe, je considère que ça va me permettre de faire des braquages à un niveau professionnel. C’est-à-dire avec un maximum de sécurité, et c’était le cas. Et je me dis qu’avec le fric on va pouvoir créer plein de choses. Par exemple, avec XXX on voulait monter une librairie et une maison d’édition. Publier tous les vieux textes révolutionnaires, faire de la propagande. Permettre aux gens de lire des écrits intéressants. Aider aussi, notamment les grévistes sur leurs piquets de grève. Donner de l’argent, enfin tu vois, des trucs de base. Je voulais faire ça et je pensais qu’on allait le faire. Après, quand j’ai vu qu’ils partaient dans un autre délire, c’était plus mon truc. Je voulais qu’on crée plein de petits groupes autonomes qui feraient des trucs dans leur coin et soutiendraient les grèves. C’est comme ça que je voyais le truc. Diffuser des brochures, des textes. Mais pour faire ça, il faut de l’argent et donc à l’époque le braquage était la bonne solution. Et si un groupe le faisait professionnellement, c’était encore mieux.

  1. Organisation étudiante américaine qui se radicalise et devient clandestine dès la fin des années 1960. Elle commet de nombreux attentats aux États-Unis jusqu’en 1977, date à laquelle l’organisation se dissout. Voir Green Sam, Siegel Bill, The Weather Underground, Paris, MK2, 2005.
  2. Ce groupe qui défend les intérêts des Portoricains peut être considéré comme un équivalent des Black Panthers. Voir Richard Claire, Young Lords. Histoire des Black Panthers latinos (1969-1976), Paris, L’Échappée, 2017.
  3. Berger Dan, Weather Underground. Histoire explosive du plus célèbre groupe radical américain, L’Échappée, 2010.
  4. En 1982, pour que les Turcs exilés et logés dans les squats de Barbès soient régularisés, AD crée une entreprise qui leur fournit des certificats de travail. Jean Halfen, un militant d’AD, revient sur cet épisode dans Carles Pierre, Minangoy Georges, Ni vieux, ni traîtres, Paris, Pages et images, 2006.
  5. Voir Stella Alessandro, Années de rêves et de plomb. Des grèves à la lutte armée en Italie (1968-1980), Marseille, Agone, 2016. L’ouvrage revient très bien sur cette période.

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