7 août 1970 : Le « suicide révolutionnaire » de Jonathan Jackson

La vie sans la liberté ne signifie rien. Nous n’avons rien à perdre que nos chaînes. Nous avons notre liberté à gagner. Nos camarades Jonathan Jackson et William Christmas nous ont enseigné une leçon révolutionnaire.

Huey P. Newton

Le 7 août 1970 – il y a 50 ans – Jonathan Peter Jackson, le frère de George Jackson, âgé de 17 ans, fait irruption avec trois armes à feu dans le palais de justice du comté de Marin (à San Rafael, Californie), où le juge Harold Haley préside le procès du prisonnier de San Quentin, James McClain. Jonathan sort les armes de sa sacoche et, avec l’aide de McClain et de deux autres prisonniers politiques qui étaient là en tant que témoins pour McClain, Ruchell Magee et William Christmas, prend en otage le juge Haley, le procureur adjoint Gary Thomas et trois jurés. En sortant du palais de justice, Jackson et ses camarades tentent de s’enfuir avec les otages. Un barrage de police oblige le van dans lequel ils avaient pris la fuite à s’arrêter et les policiers ouvrent le feu sur le fourgon. Jackson, Haley, McClain et Christmas trouvent la mort à l’issue de la fusillade tandis que Magee et Thomas sont grièvement blessés.

L’enlèvement était destiné à obtenir la libération des Frères de Soledad, les trois prisonniers noirs George Jackson, Fleeta Drumgo et John Clutchette qui étaient accusés du meurtre d’un gardien de la prison de Soledad en Californie.

Comme l’expliquent les militants de la New Afrikan Prisoners Organization dans un numéro de leur journal The Fuse (octobre 1979) : « À seulement 17 ans, Jonathan était parvenu à la conclusion que la justice était au bout du fusil. De par son expérience de la vie aux États-Unis il était convaincu que sa seule manière de se faire entendre passait par un acte de témérité suicidaire. Vous pouvez prendre autant de photos que vous voulez. Nous sommes les révolutionnaires. Avec ces mots, il annonçait au monde qu’il n’était pas un criminel, car il ne reconnaissait plus la légitimité de la loi blanche. »

Les armes qui ont servi à la prise d’otages étaient enregistrées au nom d’Angela Davis, qui avait rejoint le comité de défense des Soledad Brothers et était en contact à la fois avec George et Jonathan Jackson. Elle fut arrêtée et emprisonnée au terme d’une fuite de 2 mois. À la suite d’une campagne de mobilisation mondiale pour obtenir sa libération, elle fut reconnue non-coupable et libérée en 1972.

Dans le jours qui ont suivi la révolte du palais de justice, je tentais d’apaiser la rage aveugle que m’inspirait la mort de Jonathan afin de rendre ma colère constructive. Je savais qu’il n’existait qu’un seul moyen de venger sa mort – à travers la lutte, la lutte politique, à travers le peuple en mouvement, se battant pour tous ceux qui sont derrière les murs.

Angela Davis

Le 8 Octobre 1970, le Weather Underground, groupe militant révolutionnaire, a fait sauter une bombe au tribunal de Marin « en représailles des meurtres de Jonathan Jackson, William Christmas, et James McClain ».

La révolte du 7 août 1970 représente l’un des événements importants du Mouvement de libération des Noirs et exige de nous une étude plus approfondie des figures historiques de cette lutte – parmi lesquelles Angela Davis, George et Jonathan Jackson, les Frères de Soledad, les Six de San Quentin, Ruchell Magee, ainsi que des organisations comme le Black Panther Party. Il s’agit d’en tirer des leçons quant à la résistance dans les prisons, aux prisonniers politiques, à la violence d’État et à l’insurrection.

Nous conseillons également la lecture de cet article du site The Freedom Archives qui a compilé de nombreux documents audio et vidéo permettant de mieux saisir l’histoire et les enjeux du 7 août 1970. Le journal du Black Panther Party avait également consacré un numéro de son journal en date du 15 août 1970 à cet événement – dont le PDF est consultable en ligne.

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