Gênes, 20 juillet 2001 - Carlo est resté devant jusqu'au bout

C’est aujourd’hui l’anniversaire de la mort de Carlo Giuliani, militant assassiné par les policiers italiens lors des manifestations contre le sommet du G8 en 2001 à Gênes. Pour évoquer l’attitude des forces de l’ordre face aux manifestants anti-sommet, Amnesty international a parlé de « plus grande violation des droits humains et démocratiques dans un pays occidental depuis la Seconde guerre mondiale ». Nous publions ici l’hommage paru aujourd’hui sur le media autonome italien Infoaut.

Ce vendredi 20 juillet, deuxième jour de mobilisation contre le G8 à Gênes, le cortège le plus dense est celui des « désobéissants », qui part du stade Carlini. Les Tute bianche ont pour objectif de rejoindre la zone rouge pour la prendre d’assaut pacifiquement. Il en ira tout autrement. 

Le cortège, composé d’au moins dix mille personnes, s’élance vers 14 heures, les manifestants de tête portant des vêtements en mousse, des casques et des bouteilles en plastique attachées autour de leurs membres, tenant des boucliers pour protéger le reste des manifestants. Entre temps, la violence des forces de police, incapables de gérer la situation et manifestement envoyées au massacre, commence à se manifester contre le sit-in des associations présentes place Manin, soudainement chargé et gazé.

Le même sort est réservé au cortège des Tute bianche lorsque, dans la rue Tolemaide, un peloton de carabinieri, charge et asperge de gaz lacrymogène la tête du cortège qui se retrouve bloquée et sans issue. À ce moment, les manifestants laissent de côté les indications des différents Casarini, Caruso et compagnie et réagissent en déclenchant de violents affrontements avec les carabinieri et les divisions de la Celere (section mobile de la police italienne – NdT).

Mais la plus grande erreur est commise par un groupe de carabinieri qui, vers 17h20, se déplace avec deux jeeps vers la place Alimonda pour charger les manifestants et s’y retrouve bloqué. Les carabinieri tentent alors de reculer, mais les deux petits camions ont du mal à faire demi-tour, au point que l’un d’eux se retrouve coincé entre le mur et une benne. De ce camion sort un bras qui pointe une arme à hauteur d’homme. Un garçon prend un extincteur pour tenter de le lancer sur cette main meurtrière, mais il est touché au visage par deux coups de feu.

« Carlo est resté à l’avant jusqu’à la fin, jusqu’à se lever avec un extincteur en première ligne pour nous apprendre à voir ce qu’est un être humain. »

Le garçon, c’est Carlo Giuliani, 23 ans, résidant à Gênes. Ce matin-là, il avait prévu d’aller à la plage, mais le climat qui régnait en ville l’a fait changer d’avis et participer au cortège.

« Maintenant dans la dignité je me regarde, dans la dignité du frère qui était avec nous parmi la foule, lui a lutté, il n’a pas détourné les yeux quand il en avait l’occasion et telle est la leçon qu’il faut enseigner dans les écoles, dans les histoires qui nourrissent les soirées, ce que tirait en pleine tête ce carabinier, je porte avec moi le nom de Carlo Giuliani, nous faisons l’histoire tandis qu’ils élaborent des combines »

La famille de Carlo et toutes les victimes de la répression à Gênes tentent toujours d’obtenir justice bien des années plus tard. Alors que les flics responsables de tout ce qui s’est passé à Gênes à l’époque s’en tirent avec de fausses condamnations et des promotions continues.

« Vous n’éteindrez pas le soleil en lui tirant dessus, vous n’éteindrez pas le soleil en lui tirant dessus »

[Les citations sont extraites de la chanson Rotta indipendente, du groupe Assalti Frontali.]

Gênes, 20 juillet 2001 - Carlo est resté devant jusqu'au bout
« Carlo est vivant, les morts ce sont vous »
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